Mali : le nouveau projet de découpage administratif et le principe d’égalité démographique

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Le nouveau projet de loi relatif au découpage administratif au Mali viole le principe d’égalité démographique entre les circonscriptions électorales au Mali.

 

Ce projet entraînera un nouveau redécoupage électoral.

 

La règle prescrivant la sincérité du scrutin constitue une donnée essentielle à toute élection démocratique.

Elle se manifeste notamment à travers l’égalité du suffrage.

C’est pourquoi la quantité de sièges à pourvoir est proportionnelle à la population concernée. Avec le nouveau découpage administratif, le risque est élevé pour certaines nouvelles régions  qui, du fait de leur faible peuplement, de  se trouver écartées de la représentation nationale.

Allons nous violer cette règle en accordant des représentations à de nouvelles régions de quelques centaines d’habitants ?

Cette égalité des citoyens devant le vote appelle le respect d’un équilibre dans la composition des différentes circonscriptions. Chacune d’elles doit être relativement égale en termes de proportion entre le nombre de sièges et de sa population

 

Sans oublier que les nouvelles régions ne répondent à aucun critère économique et culturel. les écarts démographiques entre circonscriptions sont par nature suspects, car non conformes à l’égalité devant le suffrage, dimension fondamentale de l’égalité des droits politiques, de l’indivisibilité des droits politiques, de l’indivisibilité de la République et de la souveraineté nationale.

 

L’enjeu démocratique du nouveau découpage apparaît évident.  Si sa finalité est détournée, et sa mise en œuvre manipulée, le résultat électoral obtenu de façon déloyale, ne sera dû qu’à un regroupement artificiel d’électeurs.

Cette perversion de la démocratie est d’ailleurs bien connue sous le terme de Gerrymandering, du nom de ce gouverneur américain (Gerry) qui avait découpé une circonscription en forme de salamandre pour pérenniser son élection.

 

La recherche d’un équilibre entre la composition des différentes circonscriptions doit être à la fois politique et démographique .

Par le premier, il s’agit de faire en sorte que l’égalité entre candidats ou forces politiques soit respectée pour éviter tout arbitraire.

Par le second, d’ailleurs qualifié de « règle fondamentale » , on entend assurer une égale représentation de la population sans pour autant exiger une stricte proportionnalité.

Si le critère consiste à suivre des « bases essentiellement démographiques »  , des écarts de moyenne régionale significatifs de 20% pour des circonscriptions électorales d’une même région peuvent être admis pour tenir compte d’impératifs d’intérêt général.

Le découpage peut ainsi tenter d’assurer « un lien étroit entre l’élu d’une circonscription et les électeurs »  ou la prise en compte de la continuité territoriale.   Ces écarts doivent cependant restés exceptionnels et dûment justifiés comme dans le cadre de la mise en oeuvre de l’accord pour la paix au Mali de 2015.

 

Les écarts démographiques entre les nouvelles circonscriptions sont suspects, car non conformes à l’égalité devant le suffrage, dimension fondamentale de l’égalité des droits politiques, de l’indivisibilité des droits politiques, de l’indivisibilité de la République et de la souveraineté nationale.

 

Ce projet de loi aura au moins un mérite. Il permettra de toucher du doigt les insuffisances du système Malien d’adaptation des circonscriptions électorales à l’évolution de la population.

 

Des reformes devraient être engagées pour résoudre les difficultés à venir qui ne manqueront pas de se poser lors des futurs découpages électoraux.

A ce titre, il apparaît indispensable de moderniser la procédure de découpage pour la sous-traire de la seule volonté des représentants du peuple, principaux intéressés aux conséquences politiques de la configuration des circonscriptions.

 

Même s’il appartient encore au Gouvernement et à l’assemblée Nationale de procéder aux opérations très politiques de découpage électoral, ce qui n’a rien de condamnable en soi,  nous pouvons imaginer un autre système plus performant .

Ainsi, en Allemagne, une commission indépendante des divisions partisanes peut être associée aux décisions de découpage de même qu’au Royaume-Uni des Independant Boundary Commissions sont chargées d’adapter les circonscriptions aux évolutions démographiques.

 

En Nouvelle-Zélande, une Commission composée de 7 membres dont deux seulement sont des personnalités politiques nommées par le gouverneur général sur désignation du Parlement (l’un représente le parti au pouvoir, l’autre l’opposition) révise les limites électorales soit tous les cinq ans, soit à la suite du recensement de sa population.

 

L’existence de ces commissions n’exclut pas l’apparition de contestations , elle les limite néanmoins grandement au bénéfice du fonctionnement régulier de la démocratie.

 

Séga DIARRAH

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Cameroun : le gouffre générationnel

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Paul Biya  est encore candidat en sa propre succession au Cameroun. A presque 85 ans, il brigue la présidence de la République.

Paul Biya est un homme d’une très grande intelligence, qui a conservé malgré son grand âge une belle prestance physique et toutes ses facultés intellectuelles. Il a fait preuve tout au long de sa très longue carrière d’une capacité de survie hors du commun, s’accrochant au pouvoir comme une bernique à son rocher. Plusieurs fois considéré comme définitivement hors du jeu, il est encore là. 

Aujourd’hui, il est le favori de l’élection présidentielle, mais après la disparition politique de  Robert Mugabé, il est le dernier représentant de sa génération.

 

Il pourrait être le grand-père de certains jeunes députés et ministres camérounais. Il y a là un véritable problème que l’on aborde pas assez, celui du décalage de génération en politique.

 

Biya est un magnifique cas d’école, car les différentes générations politiques Camérounaises sont en grand décalage.

 

Il y a la génération des pères de l’indépendance. Ils ont connu la lutte coloniale, les persécutions.

Leur matrice intellectuelle et politique est un mélange de socialisme et de domination nationaliste. Vient la génération suivante, qui émerge des coups d’Etat militaires. Ce sont les héritiers des premiers, qui récupèrent un pays en relative paix, prospère et sûr. C’est la génération des Moussa Traoré. La dictature a commencé a assombrir un ciel qui s’est encore couvert avec les programmes d’ajustement structurels. Enfin, la troisième génération qui est encore aux affaires et qui a émergé et grandi avec les idéaux démocratiques, avec une société de plus en plus clivée et corrompue.

 

Comment voulez vous qu’un homme issu de la première génération (NDLR : Paul Biya était le premier ministre  d’Ahmadou Ahidjo) puisse encore comprendre et être compris des jeunes de la troisième génération ?

 

C’est le drame de nombre d’hommes politiques vieillissants, qui sont encore en bonne forme physique, qui ont toute leur tête et qui pensent sincèrement pouvoir être encore utiles, arguant de leur expérience.

 

Souvent, ils font plus de mal que de bien, car ils bloquent des postes où des hommes et femmes plus jeunes et plus en phase avec la société, feraient aussi bien, voir mieux qu’eux.

 

Il faut savoir décrocher, et en politique, cela semble encore plus difficile qu’ailleurs.

 

Séga DIARRAH

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Mali – IBK va devoir accepter de lâcher prise

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Le début du deuxième quinquennat est difficile pour le chef de l’Etat Ibrahim Boubacar Keita, beaucoup plus qu’on ne pourrait le penser.

Il est arrivé à la fin du premier cycle de sa présidence, celle où il bénéficiait de l’étourdissement de l’opposition.

Tout cela est en train de se terminer. L’opposition reprend progressivement du poil de la bête, et si elle reste encore éclatée, les choses se clarifient.

L’affaire des manifestations devant l’hôtel du président à Paris et à New York a été le révélateur de cette remontée des profondeurs. Les montants des dépenses ont pu créer des frustrations et des rancœurs chez certaines catégories de la population comme les Maliens de l’extérieur, car dans tout choix politique il y a des gagnants et des perdants.

Pendant cette période, le président peut être en mode « commando », où avec un petit cercle de proches, il peut faire à peu près ce qu’il veut. L’opposition est atone, la légitimité des urnes est encore forte.

C’est ce que nous avons vécu de manière très forte depuis 2013. Un président « vertical » qui gouverne avec son clan, celui qui est à ses cotés depuis le début, en qui il a une confiance absolue, et qu’il ne sait pas toujours sanctionner quand il le faudrait.

La médaille a des revers, qui apparaissent avec le temps. Ce petit groupe soudé court le risque d’apparaitre arrogant et de s’isoler, en refusant d’intégrer de nouveaux éléments et en trustant tous les lieux de pouvoirs.Le risque est réel de frustrer et de provoquer des réactions de rejet ou de grogne chez des gens pourtant bienveillants au départ.

Quand des membres influents du RPM (parti au pouvoir) commencent à claquer la porte, c’est un signe qui ne trompe pas.

 

Nous sommes dans la phase où ce mode de fonctionnement vole en éclat.

 

 C’est le moment où les erreurs d’analyses se produisent, parce qu’on est le nez dans le guidon, fatigué, incapable de prendre du recul et surtout, de prendre conscience qu’on s’est isolé.

C’est le piège dans lequel est tombé le président de la république.

 Il s’est perdu dans les méandres de la machine gouvernementale et s’y est épuisé.  C’est toujours la même chose, partout et en tous temps. Les gouvernants sont grisés par leur pouvoir de décider et de trancher, et abandonnent ce qui est le fondement de leur position : leur capacité à comprendre le pays, ses aspirations, ses craintes, et y répondre de manière adéquate. Ibrahim Boubacar Keita ne fait plus assez de politique.

 

S’il veut réussir le projet de modification de la constitution, il va devoir changer de braquet en élargissant son cercle de pouvoir.

Il faut accepter de déléguer davantage, à des gens qui ne sont pas du premier cercle, voire qui ne sont pas des alliés proches.

 

Il va devoir faire davantage de place à l’opposition, aux alliés mais également aux intellectuels. Cela veut dire leur confier des fonctions d’envergure, en acceptant de leur laisser une part de pouvoir, c’est-à-dire accepter qu’ils prennent des décisions que IBK n’aurait pas prises.

Le président  IBK l’a très peu fait depuis 2013.  Il va devoir aussi composer avec les autres organes politiques en place pour la mise en oeuvre de la régionalisation,  à savoir les collectivités locales.

 

L’affrontement avec l’opposition est violent depuis plusieurs mois déjà, et IBK ne va pouvoir continuer 4 ans sur ce pied. A un moment, il faudra transiger, sous peine de les braquer définitivement. LePrésident Modibo Keita a cru qu’il pouvait se passer de l’opposition et l’a braqué. Il l’a payé en 1968. IBK devrait faire attention, car le jour où il sera réellement en difficulté, et qu’il aura besoin d’aide, il ne trouvera plus personne.

 

Au delà du personnel politico-administratif, il va bien falloir que IBK lâche également du lest aux corps intermédiaires, comme les magistrats, qu’il a souverainement méprisés depuis son élection.

 

On peut penser ce qu’on veut de leurs travers (et il y en a) mais ils sont indispensables pour faire le lien entre le sommet et la base. C’est bien pour cela qu’on les nomment « intermédiaires ».

Ils ne sont pas simplement des liens, ils sont également des contre-pouvoirs.. Avoir des relais dans les corps intermédiaire demande du temps, de l’investissement, pour les connaitre et s’en faire connaitre. IBK et son équipe n’ont bien évidemment pas eu le temps de se créer des racines dans ces lieux où s’exprime la « société profonde », celle qui s’organise pour faire de la politique et de l’action publique en dehors des structures électives et étatiques.

 

Là encore, il faudra que IBK accepte de transiger, car son pouvoir n’est pas absolu.

 

Ce n’est pas parce qu’il a gagné l’élection présidentielle qu’il est habilité à prendre le pays à rebrousse-poil. Certaines réformes peuvent être nécessaires, mais impossibles à mettre en œuvre car le pays n’y est pas prêt. C’est justement les syndicats à l’image de l’UNTM qui expriment les limites et les impossibilités qui s’imposent au pouvoir politique. Il faut savoir les entendre, sinon, c’est l’échec assuré.

 

En plus de partager son pouvoir et d’accepter qu’il soit davantage borné et délimité, Ibrahim Boubacar Keita va devoir apprendre à moins l’exercer personnellement. . Le président est celui qui impulse, explique et donne le cap. C’est aussi lui qui écoute et prend le pouls du pays. Cela demande d’écouter beaucoup, d’échanger réellement, en présentiel, de bien choisir les interlocuteurs en évitant de ne rencontrer que ceux qui lui disent ce qu’il a envie d’entendre. 

 

Séga DIARRAH

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Mali – IBK : Un début de mandat presque parfait

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Une première phase du deuxième quinquennat de IBK vient de s’achever, celle de la constitution du gouvernement et sa sortie internationale à l’assemblée générale de l’ONU.

Elle fixe en partie le champ des priorités et les premiers équilibres de pouvoirs au sein de la future majorité présidentielle. Elle est très riche d’enseignements.

 

La période se prête aux séismes et aux recompositions politiques. La reconduction de Soumeylou Boubeye Maiga, politiquement faible, mais venu du cœur du système politique Malien, n’a pas donné, pour l’instant, de grands résultats, même s’il est un peu tôt pour tirer un bilan complet.

 

Seulement un ministre du camp Cheick Modibo Diarra – Moussa Mara , Mohamed Moustapha Sidibé au Ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat.

Le troisième de l’élection présidentielle, Aliou Badra Diallo de ADP-Maliba a répondu à l’appel, mais cela ne s’est pas traduit, pour l’instant, par autre chose que la publication d’une tribune prudente.

 

Pour le moment, Ibrahim Boubacar Keita n’a pas cassé le parti URD, mais l’affaire n’est pas terminée, et il faut attendre le résultat des législatives.

 

Dans ses investitures, IBK laissera certainement le champ libre à des députés de l’ADP-Maliba et de la Coalition de Cheick Modibo Diarra, qui peuvent éventuellement former un groupe parlementaire autonome, ou au moins montrer une compréhension de sa politique.

 

Si le groupe de l’opposition n’explose pas, il va être soumis à des tensions importantes, qui pourraient neutraliser une partie des ardeurs de l’opposition, plus occupée à se chamailler qu’à combattre le gouvernement.

 

Le Président Ibrahim Boubacar Keita pourra faire une razzia chez ADP-Maliba et la Coalisation Cheick Modibo Diarra, en accordant une grâce à certains candidats aux législatives. Ils ne seront pas investis par la coalition du RPM, mais n’auront pas de candidat contre eux. C’est une demi mesure que je n’approuve pas personnellement.

 

 L’URD va probablement exploser après les législatives . S’il n’y a plus de poste à préserver, chacun sera libre de partir de son côté. Une partie d’entre eux, pourraient se rapprocher du PARENA pour créer un parti de « d’opposition radicale ».

 

La composition de la majorité sera plus compliquée, et porte en germe des problèmes futurs. Aliou Badra Diallo a montré qu’il n’entendait pas se fondre dans un grand parti, et que ADP-Maliba conservera son autonomie. Le coup de gueule politique qu’il a poussé, pendant la campagne présidentielle a payé. Il a réussi à s’imposer sur la scène politique Malienne.

 

Le Président Ibrahim Boubacar Keita risquera pendant tout son quinquennat, de devoir sans cesse courir après Aliou Badra Diallo, qui a le potentiel d’être le groupe des frondeurs de la nouvelle majorité.

 

Je pense qu’il doit plutôt choisir entre Aliou Badra Diallo et Cheick Modibo Diarra comme allié. Mais pas les deux à la fois, sinon,  il fera de la politique à l’ancienne.

Si on veut changer la manière de faire de la politique, dans les moments décisifs, il ne faut pas avoir la main qui tremble, et il faut savoir flinguer.

 

Même si IBK peut être reconnaissant à Cheick Modibo Diarra de l’aide qu’il a apporté, et de la loyauté dont il a fait preuve pendant la campagne, il a quand même été élu avec 67% des voix. La donne a changé, c’est lui le patron, il doit s’imposer.

 

J’attends maintenant la suite, pour voir la révolution dans les pratiques de gouvernement.

 

Le casting du gouvernement est un excellent signal, car tous les ministres ont une légitimité à être là où ils sont.

 Mis à part Zoumana Mory Coulibaly, où j’ai des doutes sur sa capacité à assumer politiquement dans le gouvernement, ce gouvernement est parfait.

 

Ce n’est qu’une première étape, nécessaire mais non suffisante.

 

C’est sur la manière de gouverner que j’attends maintenant la nouvelle majorité, sur sa capacité à apporter des changements profonds, et à les faire durer.

 

Séga DIARRAH

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Mali : la stratégie suicidaire de Soumaila Cissé

Englué dans une contestation sans issue, Soumaila Cissé a décidé de maintenir sa position et de continuer la contestation après l’investiture du Président IBK.

 

Pour cela, il a choisi une stratégie suicidaire pour son camp politique, celui de la dénonciation d’un complot de l’administration et de la cour constitutionnelle.

Ce choix tactique, celui de l’homme qui se noie, brasse beaucoup d’eau, et s’accroche à la moindre planche, est désastreux pour l’opposition Malienne.

 

Jamais, dans son histoire, l’opposition Malienne  n’a sorti des arguments et une rhétorique qui s’apparente à celle  du camp de Soumaila Cissé.

Cela révèle une radicalisation, sur le fond et la forme.

La voracité avec laquelle l’opposition cristallise les débats sur l’élection présidentielle confirme cette orientation.

Des irrégularités ont certes été constatées pendant l’élection présidentielle mais en politique, il faut savoir prendre des coups et pouvoir rebondir.

 

La principale thèse des opposants  en est l’existence d’une « machine à fraude » du premier ministre Soumeylou Boubeye Maiga, qui aurait  tout téléguidé, y compris les décisions de la cour constitutionnelle. 

Soumeylou Boubeye Maiga. Un poncif des mythes politiques et complotistes.

 

Il est surprenant que le Président d’un micro parti (ASMA), qui s’est planté dans à peu près toutes ses manœuvres tactiques depuis cinq ans, au point d’être contraint à se retirer du ministère de la défense, ait réussi un tel coup. Encore plus étonnant, personne n’en a eu vent avant l’élection. 

Cette campagne, relayée par les réseaux sociaux, radicalise la base électorale de l’opposition.

Leur angoisse est à la hauteur des espérances qu’ils avaient, il y a encore quelques mois : cette élection était imperdable pour  l’opposition, Soumaila Cissé allait l’emporter haut la main.

 

Le 16 Aout au matin, lorsqu’ils constatent que leur champion a été éliminé, ils sont devenus hystériques, et leur colère mettra  encore longtemps à retomber. Leur premier réflexe a été de contester la légitimité des urnes, et de refuser de reconnaitre le vainqueur comme légitime.

 

Cette hystérie fait, ou va faire partir les éléments les plus modérés de l’opposition.

 Une scission à l’opposition est possible.

Dans une telle configuration, le risque est grand d’avoir un parti URD qui ne se lance pas dans la bataille des législatives  et qui vire dans le populisme et l’opposition frontale.

Une pente encore plus accentuée avec cette affaire de « non reconnaissance du Président  » qui radicalise la base militante et la déporte vers les activistes.  

 

Si on ajoute à cela, les dégâts que ne manquera pas de causer la guerre de succession qui va s’ouvrir après une éventuelle retraite politique de Soumaila Cissé, on se rend compte que la fracture à L’opposition risque de s’accentuer au point de devenir difficile à recoudre.

 

Alors que je pensais, il y a quelques mois, que le Parti au pouvoir risquait l’éclatement, en fait, c’est maintenant le cas aussi à l’opposition, ce qui est assez inédit.

 

Ce désastre de l’opposition Malienne  vient avant tout d’une erreur d’analyse, qui s’est traduite par une erreur de casting.

 

La clé de cette élection présidentielle  Malienne était une volonté profonde de changement de la part des électeurs, avec un rejet très fort de la classe politique issue du mouvement démocratique.

 

Les Maliens en veulent profondément à leur classe politique pour leurs échecs de fond :depuis 1991, le Bilan  des démocrates  a été un échec, sur le plan économique et social.

 

La colère porte aussi sur la forme, sur l’attitude des élus, complètement coupés de leurs électeurs.

 

Je ne suis pas certain que les responsables de l’opposition aient complètement compris cela.

 

En tout cas, ils ne sont absolument pas en mesure d’y répondre.

 

Séga DIARRAH

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Mali : Kamissa Camara, l’espoir retrouvé

Le monde ébahi découvre un nouveau visage de la diplomatie Malienne. Jeune, audacieuse, conquérante.

« L’instinct du peuple est toujours d’accord avec l’idéal de la civilisation », avait proclamé Victor Hugo à son retour d’exil en 1870, et cet instinct a balayé le pire en portant Kamissa Camara à la tête de la diplomatie Malienne.

Cette nomination me donne la conviction que nous vivions les dernières heures d’un ordre ancien et que notre démocratie était mûre pour redessiner une géographie partisane dépassée. On se souvient encore il y a quelques mois de la sortie médiatique de Kamissa Camara contre le projet de révision constitutionnelle initié par le Président IBK.

Le chemin reste étroit pour elle surtout qu’il faut passer par des compromis avec des élites en  ruine, mais avec la dose de chance sans laquelle il n’y a pas de grande victoire, elle sera probablement le « métèque » de la politique Malienne.

 Seule figure vraiment nouvelle qui suscite de l’espoir dans ce nouveau gouvernement, sa capacité à conduire à bien la diplomatie Malienne  est incontestable. Elle  symbolise cette volonté de renouvellement qui s’exprime avec radicalité  partout au Mali. Je la préfère largement à tous les « Jeunes » rentiers de la politique Malienne.

 

L’attente est immense

Le monde ébahi, découvre en la personne de Kamissa Camara, le visage d’un Mali qui confie sa diplomatie à une jeune, audacieuse, conquérante. Un Mali qui fait la place aux outsiders (hors du systèmes), qui risque et qui décidément surprend à l’heure du populisme triomphant.

Kamissa Camara devra confirmer les qualités qu’on lui prête. L’attente est immense car, encore plus que dans d’autres pays Africains en guerre, notre diplomatie est minée par le népotisme, les passes droits et la corruption. Les Maliens sont inquiets, or l’inquiétude alimente la colère, cette campagne présidentielle  l’a amplement démontré. Il faudra savoir y répondre. Mais quand? cette colère entraîne déjà les Maliens dans le mensonge, la régression identitaire et l’enfermement.

 

Séga DIARRAH

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Les activistes : cancer du journalisme au Mali

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L’arrivée des réseaux sociaux et des smartphones a permis, depuis maintenant quelques années, l’émergence d’une prise de parole « d’experts » qui ne sont plus obligés de passer par le canal de la presse.

 

Les réseaux sociaux ont décuplé cela, car désormais, tout témoin d’un fait peut le filmer, le relater, sans intermédiaire.

Les journalistes ne peuvent pas être présents partout, donc ils sont battus par la « multitude » sur le recueil des faits. Ils sont également battus sur l’analyse à froid des sujets techniques, car ils ne peuvent pas rivaliser avec l’expertise des gens du métier.

 

Les journalistes ont perdu le monopole de l’intermédiation et du recueil des faits.

 

Le deuil est globalement fait, même s’il reste encore des résidus pour penser que la seule analyse légitime est celle qui passe par leur intermédiaire, confondant journaliste et « arbitre des élégances ».

 

Reste maintenant à trouver le nouveau rôle. Je pense que les journalistes, sans abandonner leur compétence sur le recueil des faits et l’intermédiation, doivent absolument développer une compétence de médiateurs.

 

Le journaliste d’aujourd’hui  doit être un « tiers de confiance », celui vers qui on se tourne pour comprendre un phénomène, obtenir des compléments d’information, des éclairages

 

Ce rôle n’est actuellement joué par personne, car il est difficile à tenir.

 

Les journalistes semblent les mieux qualifiés, car même s’ils n’ont plus le monopole de l’intermédiation, ils ont encore une position dominante dans ce secteur (qui s’affaisse dangereusement toutefois).

La faiblesse structurelle des journalistes Maliens vient en partie de leur coté trop généraliste et partisan.

 

Il faut que le journaliste soit d’abord un documentaliste, capable de savoir où se trouve d’information pertinente, et aller la chercher, afin d’offrir à ses lecteurs des sources, des statistiques, des prises de position d’experts couvrant tout le spectre.

Il faut donc bien connaitre le sujet que l’on aborde, car il est nécessaire de comprendre ce qu’écrivent les experts, de les connaitre pour aller les solliciter, de maîtriser les débats afin de savoir où situer une prise de position.

 

Il doit aussi avoir la confiance du public.

Cela ne veut pas dire qu’il soit impartial.

Nous avons tous nos biais, conscients ou pas et vouloir en faire abstraction est juste impossible.

 

Le journaliste doit, au contraire, assumer et afficher ses biais, pour que les choses soient clairs vis-a-vis du lecteur.

 

En tant que « consommateur », je demande de la bonne foi et de l’honnêteté dans le traitement de l’information, et je suis assez grand pour aller m’informer à plusieurs sources, pour avoir plusieurs points de vue et me faire mon opinion.

 

Je n’ai jamais caché, ici, mes positionnements, et je sais que je suis lu par des personnes qui ne partagent pas du tout mes opinions et mes analyses mais qui apprécient de trouver un regard différent du leur, qui leur permet d’approfondir leur propre réflexion.

 

Ras  Bath, Vieux Blen, Abdoul Niang etc.  par exemple ne ressemblent pas du tout à la définition que je donne du journaliste.

Il ne sont en rien des médiateurs, c’est juste des militants, qui utilisent leurs positions et leurs visibilités médiatiques pour relayer leurs opinions et leurs lectures  du monde, en espérant convaincre des gens de penser comme eux.

 

Cela ne veut pas dire que tout soit à jeter, ces émissions peuvent avoir des analyses intéressantes, mais qui ne relèvent pas du métier de journaliste.

 

Or, ils se présentent comme tels, ce qui crée une confusion.

 

Ils ne sont pas une exception, c’est une espèce malheureusement très répandue dans les médias Maliens.

C’est le cancer du journalisme, car ils discréditent toute la profession.

 

séga DIARRAH

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Présidentielle au Mali : La fraude, Mode d’emploi

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Au Mali les stratégies de fraudes électorales les plus célèbres ne sont pas les plus efficaces.

 

voici une compilation de méthodes qui seraient mises en oeuvres par les grands partis dans le cadre du premier tour de l’élection présidentielle du dimanche 29 juillet.

 

 

Utiliser avec de fausses procurations

La fraude par les fausses procurations ou «fraude par le vote des absents» n’est pas une nouvelle pratique au Mali. Cette fraude consiste à faire voter illégalement les personnes qui ne se déplaceront et qui ne font pas de procuration pour voter. Il suffit de créer de fausses procurations avec l’aide d’une administration corrompue. Ce type de fraude a été observé à toutes les  élections municipales de 2008 au Mali depuis 1991.

 

La Manipulation du bulletin unique 

la manipulation du bulletin unique est une manipulation électorale incitative. C’est  stratégie qui est utilisée par l’Allemagne nazie: la manipulation électorale incitative. Après avoir annexé l’Autriche —par l’Anschluss, le 12 mars 1938— Hitler charge ses collaborateurs d’organiser le plébiscite à travers un referendum.

Sur les bulletins de vote, il est demandé aux votants allemands et autrichiens de répondre à la question suivante: «Êtes-vous d’accord avec la réunification de l’Autriche avec le Reich allemand qui fut décrétée le 13 mars 1938?» Le bulletin propose deux réponses aux votants: un «oui» imprimé en évidence —et donc plus incitatif— et un «non», plus petit. Au terme du décompte, le résultat du référendum donne un vote favorable à plus de 99% en Allemagne et en Autriche.

IL s’agit donc de mettre son candidat en évidence tout en mettant le choix des principaux concurrents entres la vingtaine de candidats. 

 

Faire voter les morts

Pour organiser cette fraude,  les Etats Majors des partis consultent les registres de décès et récupèrent les cartes d’électeurs des personnes décédées pour aller voter à leur place, apposant une fausse signature dans la liste d’émargement du bureau de vote. Après tout, on peut tremper son doigt plusieurs fois dans l’ancre grâce au vote par procuration non ?

 

Gonfler son score avec de faux électeurs

IL s’agit de recenser et des milliers de personnes fictives dans le fichier électoral.

Les voix de ces électeurs «fantômes»  seront automatiquement ajoutées au score final pendant la manipulation des données.

 

La victoire par achat de voix

La stratégie électorale par achat de voix  est la méthode la plus répandue au Mali.

Elle est utilisée par presque tous les principaux candidats.

Beaucoup de jeunes citadins et des femmes se disent prêts à vendre leur voix pour l’ élection présidentielle.

A ces électeurs ont peut s’y ajouter des vendeurs «potentiels» puisque des disciples de guides religieux et chefs traditionnels influents sont disposés à suivre les consignes de vote  si on payait davantage leurs guides.

La question de l’achat de voix au Mali est un problème sérieux et concerne la majorité des grands partis.

Selon mes estimations entre 30% et 40% des votes qui seront exprimés le dimanche 29 juillet  seront achetés ou contrôlés.

L’achat concerne principalement les jeunes et les femmes «dont chacun est estimée à une dizaine 2 000 FCFA minimum.»

 

le bourrage d’urnes

 

Cette technique consiste à retirer tous les bulletins et en les remplaçant par d’autres, favorables à son candidat. Cette pratique se déroule dans des bureaux de vote des zone en insécurité ou les autres candidats n’ont pas de représentants dans les bureaux de votes. 

 

Le Secret du vote

Le choix du candidat dans un isoloir ou à l’abri des regards indiscrets, est un principe généralement respecté au Mali. Cependant ’ils existe encore des villes et villages où des paysans votants montreraient leur bulletin à une autre personne dans le bureau de vote, ce qui peut parfois constituer un moyen de pression sur l’électeur.

 

Les élections présidentielles au Mali sont toujours suspectes car aucun contrôle démocratique des résultats n’est possible.

Il n’existe aucun moyen de savoir qui vote, un président  sera désigné à l’issu du scrutin du dimanche, mais ce ne sera pas un épisode glorieux de sa carrière politique.

 

Séga DIARRAH

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Mali : La présidentielle de la dernière chance ?

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La campagne présidentielle s’achève, du moins pour le premier tour, avec une incertitude et une tension comme je n’en ai jamais vécu auparavant.

 

A l’incertitude des scores, s’ajoute un sentiment d’urgence. C’est la dernière occasion de régler, par les urnes, le problème du divorce entre le peuple et ses élites.

Le Mali  est un pays fracturé et bloqué, qui a un réel problème d’inclusion.

Que ce soit pour l’accès à l’emploi, au logement, à la santé, tout est fait pour favoriser et protéger ceux qui sont déjà dans la place, au détriment des outsiders. Le problème devient tellement énorme que même une partie des insiders en est gênée, voire effrayée, tellement le potentiel d’explosion sociale du pays est énorme.

Il y a urgence à déverrouiller. Si cela ne se fait pas maintenant, par les urnes, cela se fera autrement, avec un prix à payer bien plus conséquent.

Le drame de cette élection présidentielle est qu’aucune offre politique ne répond à la demande.

 

La volonté de changement est le thème majeur. Un bon nombre de candidats ont cherché à surfer dessus, en se présentant comme « hors système ».

Au delà de la posture, les propositions concrètes pour changer de cap sont assez différentes.

Elles tiennent malheureusement souvent à la désignation d’un bouc émissaire (le président sortant IBK) et à quelques mesures spectaculaires, censées tout régler comme par miracle.

 

Ces populismes, qu’ils soient de la Majorité ou de l’opposition, sont des impasses, car leur trop grande radicalité les empêchent de construire un consensus, un espace politique dans lequel tous se retrouvent a minima.

Faire tout sauter, dans des révolutions est certes une manière d’apporter le changement. Encore faut savoir où on atterrit.

 

Une partie de l’électorat est globalement satisfaite du système tel qu’il est, et voit dans l’élection une simple modalité de choix d’un dirigeant, à système constant.

Le président sortant IBK a parfaitement capté cet électorat, avec un positionnement politique conservateur et une absence totale de volonté de réformer le pays.

 

Pas question de « lutte contre la corruption » dans sa campagne. Les affaires qui ont terni son image n’ont pas fondamentalement touché à ce positionnement, et c’est sans doute pour cela qu’il a réussi à conserver son cœur d’électorat. De ce fait, sa campagne était en décalage avec les autres, car lui faisait réellement des propositions de politiques publiques, là où les autres parlaient de changer la société.

 

La complexité de la campagne vient en partie de cette absence de diagnostic partagé sur la situation du pays et sur les priorités de l’élection.

Faut-il le réformer en profondeur, pour le déverrouiller socialement ou au contraire, garder les choses en l’état et améliorer la situation économique ?

D’autres clivages politiques apparaissent, comme celui très bien incarné par l’opposition entre Cheick Modibo Diarra  et Alou Badra Diallo, le premier incarnant le nationalisme fermé, là où le deuxième propose une ouverture sur la mondialisation. La fracture IBK-Soumi est toujours présente, même si elle a été un peu mise en sourdine.

Les Maliens n’ont qu’un bulletin de vote, ils ne peuvent donc que réponse à une seule question, à un seul choix. Or, tous ne répondent pas à la même question, d’où la confusion qui a régné pendant toute la campagne.

Cela ne serait pas trop grave si le mécontentement de la population n’était pas aussi grand, et si l’élection présidentielle n’était pas aussi cruciale.

Je crains malheureusement que nous ne demandions trop de choses, parfois contradictoires, à ce scrutin présidentiel.

Il ne va pas régler, d’un coup de baguette magique, la fracture Malienne. Par contre, il peut rapidement envoyer le pays dans le décor, en cas de choix malencontreux.

On peut avoir un président élu sur un malentendu, ou par accident, parce que tous les autres se sont neutralisés et qu’il a finalement, presque subrepticement, réussi à décrocher la timbale.

Si c’est le cas, le président ne pourra pas se prévaloir d’une quelconque légitimité politique, et une sanction électorale peut lui être infligée dès les élections législatives, rendant le pays ingouvernable.

 

Le chaos politique est possible, voire probable. Personne ne sait ce qui pourra en sortir, et c’est cela qui est le plus inquiétant.

 

Séga DIARRAH

http://diarrah.com

Mali : vivement le 29 juillet

Vivement que cette campagne présidentielle se termine, que l’on puisse à nouveau bloguer normalement, sur des sujets qui en valent la peine.

Je renonce officiellement a commenter  les programmes des candidats à l’élection présidentielle du 29 juillet au #Mali, car je ne suis plus en mesure de distinguer le lard du cochon.

Actuellement, les candidats, tous quels qu’ils soient, multiplient les promesses, au point que l’on ne sait plus ce qui relève de leurs vrai projet, de ce qu’ils vont effectivement mettre en oeuvre et l’ensemble des promesses et déclarations destinées à flatter tel électorat, à éviter de s’aliéner tel autre. On nage en plein délire, et je prend pour exemple la question de l’emploi et du chômage des jeunes.

C’est un secteur qui va plutôt mal, donc aux abois. Alors que Aliou Badra Diallo continue de licencier dans ses mines d’or, il propose aux électeurs Maliens la création de un million deux cent mille emplois en cinq ans.  Qu’est ce qu’il ne faut pas entendre comme âneries et contre-vérités.

En voulant faire plaisir et dire aux diverses catégories ce qu’elles ont envie d’entendre, les candidats montrent leur perméabilité aux pressions diverses et variées.

Quand on pèse électoralement ou symboliquement, on peut faire dire n’importe quoi à un candidat en campagne, y compris ce qui va à l’opposé de sa pratique habituelle.

 

Comment voulez-vous alors démêler le vrai du faux, et croire aux promesses, trop nombreuses pour être sincères.

 

Séga DIARRAH

http://diarrah.com