Mali : il faut interdire aux juges de se syndiquer

 

L’appareil judiciaire du Mali est paralysé par la grève illimitée des magistrats

Les dérives des syndicats des Magistrats au Mali (SAM, SYLIMA)  ont longtemps été occultées par la brillante génération qui avait fait de ces syndicats à la fois une machine de guerre et un lieu de réflexion, un mélange d’intelligence et d’esprit partisan. Une acidité contestée aujourd’hui.

 

Il convient que le Syndicat des Magistrats du Mali s’adonne à un travail considérable de réflexion sur lui-même, qu’il se mette en cause, qu’il se désinfecte de tout ce qui dégrade sa structure, ses idées en idéologie et en parti pris et son combat en fond de commerce.

On ne demande pas au syndicat des Magistrats de se substituer au pouvoir politique, de l’accompagner  ou de le vitupérer. On doit exiger de lui qu’il reste à sa place. Faute de cette rénovation, il fera disparaître, en même temps que lui, l’adhésion à la justice et la confiance qu’elle doit inspirer.

Pour moi, les juges doivent être impartiaux pour juger indifféremment les gens sans tenir compte de leurs opinions, leurs richesses ni de leurs engagements quels qu’ils soient. Ce n’est pas possible si lesdits juges sont engagés politiquement, syndiqués.

Tout naturellement, ils seront cléments envers ceux de leur bord et sévères envers ceux qui ne le sont pas. Ils favoriseront les plus fortunés sans inquiétude, car ils seront protégés par un syndicat Puissant.

Comme les militaires, je pense que les magistrats doivent être neutres.
 Ou alors qu’ils changent de métier.

Avec l’interdication du syndicalisme dans  la magistrature, la justice Malienne retrouvera la confiance des citoyens au même titre que l’armée. Le magistrat pourra ainsi excercer son métier  dans la plus grande sérénité et en toute impartialité.

 

Séga DIARRAH

 

 

Sommet Afrique France : Cachez ces pauvres que je ne saurais voir

Tricycles, mendiants, commerces de détails et quartiers populaires n’existent plus au Mali depuis ce matin.

A l’occasion du sommet Afrique France de Bamako de Janvier 2017, des dispositions auraient été prises afin de cacher les marginaux de Bamako.

Cette question des « marginaux », de leur existence et de leur place dans la société n’est pourtant pas nouvelle. Dès qu’il y a une société, il y a une hiérarchie, avec ceux qui sont en haut, ceux sont en bas et ceux qui sont tellement en bas qu’ils sont à peine reconnus comme faisant partie de la société.

 

De tout temps il y a eu des personnes en marge, vivant d’expédients, non reconnus par la société et rejetés.

 

Ce qui a changé, en fait, c’est notre vision de ce phénomène.

Notre société modèrne n’accepte plus cet état de fait.

Nous vivons sur des aspirations et des mythes collectifs qui sont contrariés par l’existence de ces marginaux, parfaits contre-exemple de ce que la société moderne tente de promouvoir comme idéal.

Nous ne sommes plus dans un monde qui nous a été donné par des dieux.

Ce monde, il est tel que nous le faisons, nous sommes responsables de ce qui existe et nous ne pouvons plus évoquer la fatalité pour nous dédouaner.

Cela crée une tension que nous cherchons à résoudre, sans y parvenir.

 

Ces marginaux contrarient le mythe de la toute puissance de l’homme.

 

 Eh bien non ! Nombre de mendiants, de vendeurs ambulants, d’habitants de Sabalibougou, etc n’ont pas demandé à l’être, il y sont tombés et n’ont pas ou plus la force de s’en sortir, même avec de l’aide.

 

Certains luttent et pourtant, ils n’y arrivent pas.

 

L’homme a des limites, il n’est pas omnipotent et les marginaux du sommet Afrique France de Bamako sont un témoignage gênant de cette réalité.

 

Ces marginaux sont aussi la démonstration vivante que nous n’avons pas atteint la sécurité absolue.

 

Chacun sait, même si tous ne veulent pas se l’avouer, que personne n’est à l’abri d’une dégringolade. Combien d’exemples de cette lente déchéance :  un logement qu’il faut quitter, parfois la perte de l’emploi, les amis qui se dérobent. C’est tellement facile de tomber et tellement difficile d’en sortir une fois pris dans l’engrenage.

 

Le rêve est de pouvoir faire disparaitre cette pauvreté et cette marginalité, et on doit s’y employer ensemble.

 

Des efforts importants doivent être consentis.

Ils resteront insuffisants car le problème est immense et largement insoluble.

Mais à coté, on ne doit pas occulter et masquer, parce que cette vision, tout comme celle de la vieillesse, de la déchéance et de la mort est trop insupportable pour notre société.

Séga DIARRAH

diarrah.com

J’aime Bamako

séga DIARRAH

Je ne me contente pas d’aimer notre capitale, comme tant d’autres venus d’ailleurs.

Moi j’y suis né et y ai arpenté, gamin, les rues, les chantiers, les marigots, les ponts…

 

Mon souhait le plus ardent est surtout de pouvoir participer à la construction de Bamako, de son assainissement, de sa modernisation.

 

Je veux qu’on soit fier de notre Ville, que Bamako se développe en permanence.

 

 Je n’ai pas peur. Ni des quartiers populaires, ni de l’absence d’infrastructures, ni des adversaires.

 

Je crois encore au jeu collectif, à l’attention au vivre ensemble, à la pratique de la vie et de la ville, à la passion d’une ville lumière et propre, à la conscience de l’histoire et de ce que nous devons aux « grands anciens ».

 

Mon rêve est de rendre à la ville de Bamako à la fois son honneur et son rang parmi les grandes capitales Africaines, mais aussi parmi les grandes villes de la sous région.

Comparé à Abidjan, Dakar ou Alger, Bamako est largement sous équipé en matière sportive, scolaire ou transport public. Même d’un point de vue culturel il n’existe pas grand-chose en dehors des grandes institutions de l’Etat.

 

Le défi devant nous est de construire la Ville africaine de demain. Une ville moderne, en réseau, pour tous, qui soit capable de se dépasser dans tous les sens du terme.

Alors résolument oui, je m’engage Pour Bamako !

Mali : L’accès à la vie politique est verrouillé, cadenassé, la porte est bien fermée, à double tour !

La politique Malienne est bloquée, personne ne peut le contester, au delà même de ce qui est supportable.

La critique de la qualité du personnel politique ne mène nulle part. C’est un poncif vieux comme la politique, et tous les virer n’est, pas plus maintenant qu’autrefois, la solution.

Les politiciens que l’on a depuis des décennies ne sont pas mauvais par nature, ils sont pervertis par un système politique qui ne s’appelle pas démocratie et qui n’a jamais été voulu comme tel.

De la même manière, changer les institutions et la Constitution, en croyant que faire table rase change la situation, est une impasse. Ce n’est pas le cadre qui compte, mais la manière dont il fonctionne. L’important est la circulation des élites et des gens qui sont au pouvoir.

Le Mali a un problème depuis l’avènement de la démocratie en 1992, avec des élites politiques qui ont échoué, mais qui s’accrochent et qu’on n’arrive pas à déloger.

Le blocage est double, à la fois technique et culturel.

Nous sommes avec un système politique dont l’accès est cadenassé, et un tissu associatif structurellement incapable de faire contrepoids et de présenter une alternative, capable de fournir les cadres de remplacement.

Les règles du financement de la vie politique ont complètement bloqué le renouvellement de la classe politique.

Le financement public est essentiel, si ce n’est indispensable. Il est basé sur le résultat des législatives, et le nombre de conseillers communaux. Il n’est raisonnablement possible de créer un nouveau parti politique qu’une fois tous les 5 ans. Entre les deux intervalles, celui qui fait dissidence part en laissant à ses adversaires la structure du parti, et donc l’argent, se retrouvant à fonctionner (et à préparer les législatives suivantes) avec des bouts de ficelles..

La classe politique ne s’est pas contentée de mettre ce cadenas, elle a aussi complexifié le remboursement de la caution pour la candidature à l’élection Présidentielle avec des règles byzantines qui excluent de fait les « amateurs » et les débutants.

 

Le changement des règles électorales en cours fermera la porte aux candidatures isolées. Dès qu’un scrutin est à la proportionnelle, il faut monter une liste, ce qui veut dire avoir des relais et une capacité à mobiliser. A l’échelle d’une commune, c’est encore possible, mais pas pour une région.

Se présenter en indépendant est devenu impossible, il faut avoir une structure derrière soi. Structure que l’on ne peut créer qu’une fois tous les 5 ans.

Un parti est avant tout une machine à distribuer et gérer le pouvoir. Le problème c’est que chaque nouveau militant projette ses propres désirs dans ces nouvelles organisations.

C’est d’ailleurs pour cela que tous les petits partis risquent d’échouer. Tout repose sur un homme, dont le programme reste faible, notamment sur des sujets qui divisent. Le jour où on ira dans les détails, des tendances se créeront. Le jour où il faudra investir des candidats, des tensions apparaîtront. Le jour où il faudra faire des alliances pour gagner du pouvoir (une ville, une région, une circonscription), la chose explosera.

En réalité, la plupart des partis Politiques au Mali sont des groupuscules sans la capacité de faire campagne, et surtout, des partis qui ne veulent pas gouverner mais témoigner.

Il faut créer des partis qui ont vocation à obtenir des scores significatifs aux élections, en quadrillant le territoire. Tous les « petits partis actuels » vont échouer, mais ce sera à cause du carcan actuel, et de l’incapacité à trouver, dans la société civile, des réseaux capables de les faire émerger.

La porte est bien fermée, à double tour !

Le deuxième problème, culturel, vient de très loin, c’est notre incapacité à construire une société civile digne de ce nom.

Le Malien râle beaucoup, mais ne retrousse pas ses manches pour régler lui même les problèmes. Il exige que l’Etat le fasse.

C’est l’héritage très direct de nos « Empires », où un monarque tout-puissant pourvoit aux besoins de son peuple. Si le pays est mal dirigé, c’est de la faute des ministres, et il suffit que le roi soit informé pour que les malheurs cessent.

A cette culture de sujétion politique, s’est ajouté l’héritage de plus de 23 ans de dictature, qui a détruit les corps intermédiaires. Cela se ressent encore douloureux

Aujourd’hui, quand on regarde chez nos voisins (Burkina, Sénégal etc.), et que l’on voit la vitalité de leur « société civile » avec des fondations, des associations très puissantes, bien dotées financièrement.

 

Notre tissu associatif est minable à coté de cela, et quand il est un peu développé, c’est parce que l’Etat subventionne. Les Maliens ne donnent quasiment pas, et quand ils le font, c’est pour prendre le contrôle. Donc au final, c’est l’État qui paye.

 

Dans le secteur politique, les ONG et les associations « militantes » pour des causes d’intérêt général sont cacochymes, manquant de fonds et de personnels pour développer une action, alors que politiquement, ils ont un boulevard devant eux.

Imaginez ce que cela donnerait, si le Collectif BI-TON avait une dizaine de salariés et plusieurs millions de FCFA de budget par an et était en mesure de mobiliser un réseau de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le pays…

Si notre pays est bloqué, c’est parce que la société civile n’est pas organisée et puissante, et a laissé la classe politique prendre ses aises. Le moment est peut-être venu de se bouger, en donnant une ossature digne de ce nom au réseau des associations qui font de la politique (au sens noble du terme) et que l’on déverrouille l’accès au système démocratique.

Pour cela, il faut s’investir, pas seulement râler

 

Séga DIARRAH

Les hermaphrodites de la Politique Malienne

Certains partis et politiciens Maliens ont pour devise “le cœur à l’opposition, le portefeuille avec la majorité, et toujours près de la marmite au haricot”.

ils n’ont jamais compris (ou jamais admis) que le système démocratique au Mali  impose de fait un système bi-partisan, où on est de la majorité ou de l’opposition, sans aucun espace pour une troisième force au milieu. On peut trouver que ce n’est pas une bonne chose, mais si on veut exister politiquement et peser sur les décisions, il faut choisir son camp, et s’y tenir.

La démocratie a besoin à la fois de camps clairement définis, de positionnements clairs, mais aussi d’alternance. On est de la majorité ou de l’opposition, et on accepte le verdict des urnes qui vous met dans la majorité ou dans l’opposition.

Si Soumaila Cissé est élu président en 2018, il sera le président légitime, cela ne souffrira aucune contestation. Par la même occasion, les partis de la majorité présidentielle actuelle passeraient de la majorité à l’opposition. Il est sain que ce ne soit pas toujours les mêmes qui soient dans l’opposition et les mêmes qui soient dans la majorité.

Je considère donc profondément anormal l’attitude qui consiste à essayer de jouer sur les deux tableaux, en volant au secours de la victoire, dans l’espoir de rester dans la majorité.

Cela ne marchera pas en 2018 ! Je n’arrive pas à comprendre qu’au bout de 25 ans, nos élites l’aient toujours pas assimilé.

En jouant ainsi la bascule, comme ils ont l’habitude de le faire, une fois que la victoire ne fait plus aucun doute, les « opportunistes » ne récoltent pas grand-chose.

Quelques individualités, en échange d’une belle prébende, jouent le rôle d’idiots utiles, qui permettent à la nouvelle majorité de communiquer sur son ouverture, en n’ayant jamais eu le moindre début d’influence sur les choix politiques de la majorité où ils ne sont que des supplétifs, des « saraka » que l’on n’hésitera pas à larguer en rase campagne en cas de problème

A jouer à ce petit jeu du “ni opposition-ni majorité” mais toujours prêt à faire le bouche-trou en échange d’un peu d’apparence de pouvoir, nos politiciens se discréditent et ne récoltent que le mépris, à l’opposition comme avec la majorité Présidentielle.

On s’en sert quand on en a besoin, et on les jette comme un préservatif usagé une fois l’opération de communication politique terminée.

A aucun moment ils n’ont été en mesure de faire progresser leurs idées. A chaque fois, les « opportunistes » en ressortent en miettes, broyés par une mécanique implacable. Ils se croient des purs, ils ne sont que des bisounours.

Avoir des convictions mais ne pas se donner les moyens de les mettre en oeuvre, c’est les trahir !

En démocratie, il faut une majorité et une opposition. Il faut aussi que les électeurs sachent clairement où chacun se situe. Le Collectif BI-TON compte se battre à travers la sensibilisation, pour barrer la route aux hermaphrodites au Mali.

 

Séga DIARRAH