Faut-il bruler Mgr Jean Zerbo ?

Mes lecteurs habituels savent que je n’ai guère d’indulgence pour les réligieux Maliens et ses prélats. Mais je dois avouer que le lynchage médiatique dont est victime  Mgr Jean Zerbo me dérange, surtout quand les coups viennent des journalistes Maliens, qui se joignent à la meute internationale, en bafouant la présomption d’innocence.

Il faut d’abord poser les faits. Il est reproché à Mgr Jean Zerbo  d’avoir détourné plus de 7 milliards de francs CFA, soit 12 millions d’euros.À partir de l’analyse des fichiers de la banque HSBC que le ICIJ s’est procurés, le quotidien  Français Le Monde affirme que la Conférence épiscopale du Mali disposait, en 2007, de sept comptes en Suisse crédités de 7 milliards de francs CFA, soit 12 millions d’euros. Ces comptes seraient toujours actifs, selon le journal, qui détaille « une histoire rocambolesque » mêlant « opacité, rencontres secrètes entre clergé malien et banquiers suisses et soupçons de détournements de fonds ».

L’église Malienne paie un passé pas glorieux, où les affaires de détournement étaient systématiquement étouffées. Même si une purge a eu lieu, il reste encore pas mal de « cadavres dans les placards » et d’affaires qui peuvent remonter à la surface.

Eu égard à la sensibilité autour des questions d’argent dans l’Eglise Malienne, la ligne de défense médiatique basée sur «  à ma connaissance, nous ne disposons pas de compte en Suisse  » ou «  l’Église du Mali accomplit sa mission d’évangélisation dans la dignité et ne peut utiliser de l’argent sale pour annoncer le Règne de Dieu  » n’est pas tenable.

Le détournement d’argent au Mali est devenu le paria de notre époque, le criminel qui mérite le bannissement (faute de pouvoir le faire monter sur l’échafaud). Mgr Jean Zerbo paie (cher) le fait d’avoir sous-estimé cela.

Pourtant, il pourrait se défendre de manière intelligente.

Déjà, il pourrait communiquer davantage, en prenant l’initiative, plutôt que de subir les assauts de la meute.

Il pourrait mettre en avant que, tout en reconnaissant la gravité des faits, arguer que c’est à la justice Malienne de faire son travail et de determiner s’il y a eu détournement d’argent.

Si son but était de sécuriser les maigres ressources de l’Eglise du Mali en confiant une partie de son « portefeuille » à une banque privée, les Maliens seront compréhensibles.

 Là où Mgr Jean Zerbo peut porter le fer, c’est sur la question « une fois qu’on a démontré que les comptes ne sont plus actifs,  et que les intérêts produits par ce placement devaient permettre d’assurer le fonctionnement et la pastorale des six diocèses du pays. on fait quoi ? ». 

C’est une décision qui n’est sans doute pas de son ressort mais relève plutôt de Rome.

C’est là qu’on voit ceux qui ont eu, ou pas, des responsabilités réelles, qui ont eu à gérer des cas problématiques en ayant l’obligation de trouver une solution.

Le véritable fond du problème, c’est le sort que le Saint-Siège va accorder à ce sujet.

Il apparaît en effet que la désignation des cinq nouveaux cardinaux annoncés le 21 mai, dont Mgr Jean Zerbo, est une décision personnelle du Saint-Père. Ses plus proches collaborateurs n’en ont eu connaissance qu’au tout dernier moment. Même la Secrétairerie d’État n’était pas au courant et n’a donc pu prévenir sur d’éventuels soucis concernant ces ecclésiastiques qui seront élevés au rang de cardinaux lors du consistoire prévu le 28 juin.?

C’est là que les journalistes-lyncheurs pourraient se retrouver en difficulté.

Séga DIARRAH

Mon blog : diarrah.com