Je suis contre un gouvernement d’union nationale

L’idée d’un gouvernement d’union nationale, qui transcenderait les clivages majorité-opposition est un vieux rêve au Mali.

Ah le beau gouvernement, où on ne trouve que des personnalités prises pour leur « compétence » et non pour leur étiquette.

Régulièrement, le mythe est réactivé, à coup de propositions surprenantes, de transfuges.

Cette idée, si séduisante sur le papier, est une idiotie dans la pratique.

Sur un programme, on peut prendre des idées de partout, elles ne sont ni de la majorité ni de l’opposition.

Par contre, les personnes sont marquées politiquement, elles ont une culture, une origine, un parcours qui s’est fait dans un camp.

Les combats communs, les valeurs partagées créent des liens qu’on ne peut pas ignorer.

Les transfuges sont  souvent mal vus des deux camps. On est mâle ou femelle et si les androgynes existent, ils sont rares.

 

En politique, c’est la même chose. Quand on constitue une équipe, c’est pour gouverner, pour mettre en place un programme, pour agir. Il faut donc que l’équipe soit cohérente, entre personnes qui se comprennent, qui partagent une culture politique commune. Composer un gouvernement d’Union nationale, c’est constituer un attelage baroque, marier la carpe et le lapin. Pour l’efficacité, on peut repasser.

 

Cela est déjà arrivé au Mali, en 2012 sous ATT. Cela arrive aussi à l’étranger.

A chaque fois, les résultats sont mauvais, sur l’action concrète, le bilan de ces gouvernements étant souvent maigre, mais aussi sur l’évolution de la vie politique du pays.

 

Pour qu’un système politique fonctionne sainement, il faut une majorité et une opposition, avec chacune un rôle bien déterminé à jouer.

La majorité gouverne, l’opposition surveille, guette les failles et les exploite, obligeant ainsi la majorité à rester vigilante et soudée.

Elle n’en fait que mieux son travail. Un gouvernement d’union nationale, c’est un grand producteur d’eau tiède.

 

Une grande coalition de partis habituellement opposés et idéologiquement divergents ne peut se mettre d’accord que sur les plus petits dénominateurs communs, souvent après d’âpres négociations qui donnent un « contrat de législature » figé qui ne donne finalement satisfaction à personne.

En cas d’échec ou de bilan mitigé, ce sont les deux camps qui se trouvent discrédités, ce qui nous est arrivé en 2012.

 

C’est pourquoi je pense qu’il faut tordre le coup à cette vieille lune  du « nous sommes tous frères » et cette erreur sur la nature humaine qui consiste à croire que les politiques peuvent faire abstraction de ce qu’ils sont, des militants.

A un gouvernement, je demande cohérence et efficacité, deux choses que ne peut fournir un gouvernement d’union nationale.

 

Séga DIARRAH

twitter : @segadiarrah

Facebook : https://fr-fr.facebook.com/segadiarrah/

Blog : diarrah.com