L’accord de Paix au Mali est t-il synonyme d’autonomie ?

sega-accueilLa régionalisation telle que définie dans l’accord de paix, qui entre dans le cadre d’un changement interne pouvant être encadré par la constitution et les lois nationales, suppose la mise en place d’une série de mesures qui permettent d’élargir la régionalisation administrative au niveau de certaines prérogatives et/ou certains moyens financiers et humains.

Elle doit permettre aussi de passer d’un mode électoral indirect à un autre direct en lien avec les élections des conseils régionaux sans que cela signifie une régionalisation politique dont l’autonomie est l’une des formes.
Quant à l’autonomie, il est à noter qu’elle traduit un système de gestion régionale qui peut mener à l’indépendance existentielle des organes décentralisés de différentes régions dans le cadre de la souveraineté et de l’unité nationales. C’est là un degré maximal que peut atteindre un Etat unitaire n’optant pas pour le fédéralisme.

Il faut rappeler que la régionalisation avancée ou élargie ainsi que l’autonomie sont devenues des modes de gestion territoriaux modernes. Mais le choix de l’un ou l’autre mode dépend de la nature fédérale ou unitaire de chaque Etat…

L’étendue de la régionalisation pourrait même différer à l’intérieur d’un même Etat régionalisé. Dans ce cadre, les régions du Nord pourront ainsi bénéficier de larges compétences en comparaison avec d’autres région du Mali jouissant d’une régionalisation poussée, surtout si une solution politique négociée et définitive était trouvée sur la base des négociations avec les différents groupes armés.

Quoi qu’il en soit, et malgré les différences internes qui pourraient exister en matière de régionalisation et d’autonomie, leurs points communs restent la souveraineté de l’Etat et son unicité…

Il est important de poser cette question pour qu’on puisse lever toute équivoque. La régionalisation dans sa définition la plus simple renvoie à la possibilité donnée aux citoyens dans une zone territoriale donnée à gérer leurs affaires par eux-mêmes à travers des instances régionales élues ayant des prérogatives et des moyens pour réaliser le développement local. Mais sans rupture avec l’Etat et l’autorité centrale. C’est-à-dire que la régionalisation n’est pas synonyme d’indépendance ni de morcellement. Elle est plutôt une forme de gestion locale dans le cadre d’un seul et même Etat.

Par contre, l’autonomie est régie par des règlements internationaux. Elle se recoupe toutefois avec la régionalisation en ce qui concerne les instances élues localement, les prérogatives et les moyens dévolus à la région.

De nos jours, tous les pays du monde, qu’ils soient riches ou en voie de développement, s’intéressent à la régionalisation. Le Mali n’échappe pas à cette tendance générale. Les motifs de l’adoption de la régionalisation diffèrent selon les circonstances particulières de chaque pays.

Les formes qu’elle peut prendre diffèrent aussi selon les objectifs qui lui sont assignés. Concernant la régionalisation tel que défini dans l’accord de paix inter-Malien , celle-ci vise à atteindre plusieurs objectifs.

Elle a une fonction politique à travers l’ancrage de la pluralité politique et l’approfondissement de l’exercice démocratique sur le plan local, lui donnant sa vraie et saine signification.

La régionalisation consolide aussi les droits au pluralisme culturel et le respect des spécificités locales. S’y ajoute la fonction économique et de développement qui se fonde sur l’application de politiques économiques intégrées valorisant les ressources et les potentialités régionales et permettant d’avoir des régions aptes à impulser le développement et la création de pôles régionaux en totale cohésion.

La régionalisation permet également de passer outre la gestion administrative bureaucratique en adoptant une gestion optimisée privilégiant l’efficience et la proximité dans le cadre de la responsabilité, la légalité et la transparence.

Autre bienfait du processus, celui de faciliter l’intégration et la cohésion spatiales et sociales. Ce processus vise non seulement à remédier aux dysfonctionnements juridiques, administratifs, financiers et humains, mais aussi à parvenir à une bonne organisation régionale et de mettre un terme à certaines revendications autonomistes – et non séparatistes – de la part de quelques régions tentées de mettre en avant leur particularité culturelle.

Le chantier de mise en œuvre de l’accord de paix est un projet historique dans tout le sens du terme.

Il constituera une rupture par rapport à la gestion depuis la capitale (Bamako) de toutes les affaires du pays.

Ce sera la fin de la centralisation de l’autorité. En effet, après la mise en place de la vision globale qu’aura trouvée le gouvernement, les régions auront un rôle efficient donnant la latitude au citoyen de gérer lui-même les affaires de la cité. Les instances dirigeantes de la région auront à ce moment-là toutes les prérogatives et les moyens nécessaires pour réaliser le développement local.