Mali 2018 : Comment s’en sortir ?

Le nouveau gouvernement Soumeylou Boubeye Maiga doit relever en quelques mois le défi de l’organisation des élections locales (régions, cercles, communes) et la présidentielle, la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation signé en 2015 avec la rébellion, la sécurisation du centre du pays et la campagne électorale éventuelle du président Ibrahim Boubacar Keita (IBK) pour sa réélection.

A cela s’ajoute une fronde sociale (grève des enseignants…), le chômage des jeunes et surtout une classe politique en recomposition qui n’hésite plus à s’en prendre ouvertement à la gestion du régime IBK. Une sorte de compétition dans la délation entre les classiques (Soumaila Cissé, Tiébilé Dramé etc) et les nouveaux (Moussa Sinko Coulibaly, Mamadou Igor Diarra etc).

Les soutiens historiques du régime commencent à prendre leur distance. L’imam Mahamoud Dicko, président du Haut Conseil Islamique n’hésite plus à dire ouvertement sur RFI que « L’Etat fait semblant d’exister, mais il n’existe presque pas. C’est une mauvaise gouvernance. On devient du jour au lendemain millionaire, milliardaire…»

Depuis une semaine, c’est au tour de la presse Française de faire de la gestion d’IBK à travers l’opération Barkhane ses choux gras.
Après la chronique d’Europe1 de Vincent Hervouet qui révèle que le Président Français Emmanuel Macron aurait dissuadé IBK de ne pas se représenter à la présidentielle à venir au regard de son bilan, deux jours après, c’est au tour du Figaro de publier une tribune alarmante sur la gestion du Mali Post-crise par le même IBK.

Suite à la suspension de l’accréditation au Mali par décision administrative et non juridique d’un correspondant de France Media Monde(RFI, France 24) à la suite d’un message twitter controversé, RFI et France24 se sont constitués en relais du malaise social des Maliens sur la scène internationale avec des reportages sur le malaise des militaires Maliens entres autres.

En effet, contrairement à ce que le gouvernement essaye de faire croire aux Maliens, l’armée Malienne traverse les pires moments de son existence.

Les différentes sorties des militaires sur les réseaux sociaux et la manifestation des parents de militaires à Nampala s’opposant à leur redéploiement dans des zones à risque sont une illustration parfaite de la situation de l’armée Malienne. Cette manifestation fait suite à une periode ensanglantée au Mali. En une semaine plus de 50 personnes ont trouvé la mort suite à des problèmes d’insécurité dans le centre du Mali.

Toutes les grandes démocraties déconseillent la destination Mali aujourd’hui.

Le dernier rapport du conseil de sécurité constate des retards et une absence de volonté dans la poursuite de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali par le gouvernement.

Rien ne marche actuellement au Mali et IBK semble être dépassé par les évènements, je ne vais pas en rajouter.

 

Afin d’éviter au Mali de sombrer dans une spirale de crises, il est indispensable pour le Président IBK et son gouvernement de se ressaisir et de prendre les choses en main.

Cette prise en main nécessite des décisions courageuses et assumées afin de rassurer les partenaires du Mali et de montrer une volonté de continuité du processus démocratique.

Pour y arriver, quelques mesures sont indispensables :

– De L’organisation de l’élection présidentielle en juillet :

  • Au delà de la volonté affichée d’aller aux élections, le gouvernement doit formaliser le cadre de rencontre et d’échange entre tous les acteurs concernés afin d’identifier et de répondre suivant un chronogramme établi et rendu public, toutes les observations déjà relevées par les différentes parties pour la bonne tenue de l’élection présidentielle

 

  • Solliciter officiellement le soutien matériel et technique de la MINUSMA et des partenaires afin de garantir une élection transparente dont le résultat sera accepté par tous les candidats. Le champ d’intervention des partenaires doit être préalablement identifié et accepté de tous.

 

– Des élections locales :

  • Après avoir été reporté à plusieurs reprises suite au vote par l’assemblée nationale de la nouvelle loi sur les collectivités territoriales, il est évident que les parties signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation n’accepteront pas de participer à des élections locales sur cette base.

Depuis quelques jours la communauté internationale a initié des « arrangements institutionnels » dans le cadre du chronogramme de suivi de l’accord afin de modifier la loi sur les collectivités territoriales en violation de la constitution Malienne actuelle.

Malgré l’accord du gouvernement, il  lui sera difficile de mettre en œuvre lesdits arrangements institutionnels, ce qui fera échouer tout le plan car toute la stratégie actuelle répose sur ce chronogramme qui doit se terminer en fin mars afin de permettre l’organisation des élections locales en Avril.

Malgré les menaces de sanctions, ce volet institutionnel du chronogramme n’est pas réalisable.

C’est pourquoi en attendant de pouvoir prendre de nouvelles lois sur les collectivités territoriales et/ou une révision de la constitution de 1992, il est souhaitable de reporter cette élection à une date ultérieure de préférence après celle des législatives de novembre 2018.

En effet, pour réussir les élections locales « nouvelle formule », il est indispensable de trouver un équilibre entre la loi sur les collectivités territoriales, la constitution Malienne et l’accord pour la paix et la réconciliation Nationale. C’est pourquoi, un nouveau projet de constitution doit être proposé par le président qui sera élu en juillet à son nouveau parlement. Ce processus aboutira à l’adoption d’une nouvelle constitution et d’une nouvelle loi sur les collectivités territoriales.

Les partenaires du Mali doivent accepter ce report. Les collectivités territoriales continueront d’être administrées par les autorités intérimaires et les élus locaux actuels.

Des élections locales mal organisées et non inclusives vont créer des problèmes qui empêcheront le bon déroulement du calendrier électoral.

 

– Du retour de la paix

D’après les humanitaires présents au Mali, plus de 22% de la population Malienne sera en situation d’insécurité alimentaire en 2018.

  •  Le gouvernement doit tout mettre en œuvre pour appliquer le volet développement du chronogramme d’action prioritaires qu’il a adopté les 15 et 16 janvier dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord pour la paix.

 

  • Il doit clarifier la question des quotas et des critères d’intégration des ex-combattants rebelles avant la fin du mois de février,

 

  •  et élaborer une feuille de route pour la nouvelle armée (avec les ex-combattants intégrés)

Les délais sont serrés, il faut dès aujourd’hui prendre le temps de nettoyer les listes électorales et laisser à tous les partis le temps d’organiser leur campagne.

La détérioration de la situation sécuritaire dans le centre va redonner le goût du vote au Maliens.

Il faut éviter d’aller vers une élection présidentielle dans un climat de défiance même si IBK à conscience du fait que les leaders de l’opposition sont susceptibles à reporter l’idée de l’alternance en refusant de verser dans la violence et en laissant entendre que ce serait son dernier mandat.

J’attends avec une certaine anxiété, due à l’incertitude, la sortie des conclusions de l’examen stratégique de la MINUSMA, qui doit être lancé dans les semaines à venir.

Une fois de plus, le gouvernement se sera planté magistralement dans sa communication, avec des annonces contradictoires, annonçant d’un coté des progrès et de l’autre des accusations, sans que l’on sache quelle version est la bonne…

Séga DIARRAH

Président de BI-TON

Mon Blog : diarrah.com

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