Mali : L’échiquier à front renversé

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L’épisode de la révision constitutionnelle  marquera sans doute, même si on ne s’en rend pas compte, le moment où l’échiquier politique Malien s’est retrouvé au grand jour, et où l’opposition Malienne est devenue conservatrice, et la Majorité Présidentielle révolutionnaire et du côté du changement.

Pendant très longtemps, depuis toujours même, l’opposition s’est vue comme minoritaire au Mali, face à un système centralisé et fort qu’elle aspirait à renverser.

 

Pendant très longtemps, elle n’avait aucun espoir d’y arriver, et le gouvernement d’IBK, de son côté, se sentait bien à l’abri.

 

Les rôles étaient bien distribués, IBK au pouvoir, l’opposition dans la contestation. Chacun s’est construit intellectuellement sur cette base.

 

Et puis est venu le moment où, sur le plan du modèle de gouvernance, c’est l’opposition qui l’a emporté.

Il faut bien reconnaître que, depuis les années 91, notre société a vécu une révolution anthropologique profonde. J’en veux pour preuve l’avènement de la démocratie.

 On en arrive aujourd’hui à un basculement où la prochaine étape, c’est l’alternance au sommet de l’Etat.

L’opposition, qui dénonçait les insuffisances du projet de révision constitutionnelle, s’est retrouvée dans la position dominante, majoritaire, ce qui ne lui était jamais arrivé.

Se penser en minoritaire en étant majoritaire, se croire porteur du changement alors qu’on est le tenant de la « normalité », voilà le drame des partis de l’opposition au Mali , et l’une des raisons de son malaise profond…

IBK a eu du mal à faire son deuil, beaucoup de mal même. On en voit la trace, par exemple, dans cette obsession à continuer à se croire comme seule légitime à occuper le pouvoir, comme si ses idées étaient encore majoritaires.

Certes, une bonne partie de ce qui est aujourd’hui « sa Majorité », s’est rallié à son projet de révision constitutionnelle, du moins en apparence.

Mais il n’empêche qu’une frange non négligeable des Partis de la majorité présidentielle est restée sensible aux bases de la pensée conservatrice d’autrefois, celle qui pouvait s’incarner dans l’équilibre entre nos institutions  que le nouveau projet de révision constitutionnelle allait supprimer.

Cela se traduit par une résistance sur certains sujets.

Ce mouvement ANTE A BANA contre la révision constitutionnelle a dévoilé l’impasse politique et intellectuelle de l’opposition Malienne, qui n’a finalement jamais réussi à s’entendre pour élaborer un programme de gouvernement et à assumer d’être majoritaire.

En 2017, l’opposition Malienne est en crise profonde et doit se reconstruire de fond en comble.

Séga DIARRAH

Président de BI-TON

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