Mali : L’élection de tous les dangers

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Comme une grenouille qu’on met dans l’eau froide et qu’on fait progressivement chauffer et meurt sans s’en rendre compte, le Mali s’enfonce dans le chaos.

On semble ne pas s’en rendre compte car c’est progressif, on ne voit pas que les barrières tombent les unes après les autres, qu’on est en train de partir en roue libre.

Pour moi, le déclic est venu par l’adoption de la nouvelle loi électorale, ces derniers jours.On a dépassé un stade  qui m’inquiète beaucoup, car une digue a lâché.

On savait que la colère et l’inquiétude travaillent la population, et que les gens ont toutes les raisons d’être profondément mécontents. Tous les signaux qui remontent du terrain concordent pour dire que le pays est un baril de poudre.

La crise économique dure depuis plusieurs années, la situation ne semble pas prête de s’améliorer. Il n’y aucun espoir à attendre des politiques, qui sont dans l’impasse la plus complète. Tous les grands partis  sont discrédités et pour beaucoup, l’alternance peut être l’occasion d’un coup de gueule, mais pas plus.

L’impression de vide politique est accentuée par la dramatique faiblesse politique du président IBK, mais aussi par l’irresponsabilité d’élus, de la majorité comme de l’opposition, qui soufflent sur les braises croyant que cela favorise leur carrière, alors qu’ils scient la branche sur laquelle ils sont assis.

 

La période qui va jusqu’à la proclamation des résultats du deuxième tour de l’élection présidentielle est une période de grand risque, car aucun évènement ne viendra casser une mobilisation.

 

Tout est là pour que le feu, qui couve, parte brutalement. Il suffit d’un rien, d’une maladresse du gouvernement, pour qu’une catégorie précise descende dans la rue au niveau national. La manière dont la mobilisation s’est opérée avec le mouvement contre la révision constitutionnelle montre que les gens sont prêts, et qu’ils n’ont pas besoin du mot d’ordre d’une quelconque organisation représentative ou parti politique.

Tous les autres suivront alors et ce sera violent, car il y a trop de colère et de désespoir rentré, non exprimé. S’y ajoute un passage de génération qui se fait mal. Les soixante-dixards commencent à partir, mais continuent à s’accrocher comme ils peuvent, notamment par la détention du patrimoine.

La génération suivante, celle qui est née après le coup d’Etat de 1968 arrive à la quarantaine, et est prête à prendre le gouvernail. La tentation peut être grande d’accélérer un peu la transition avec une petite secousse qui permettra de faire décramponner pour de bon la génération précédente. Beaucoup de gens, finalement, pensent avoir intérêt à ce que le feu prenne, car ils estiment que cela peut leur profiter.

 

Si parfois, comme en mars 1991, personne n’a rien vu venir, cette fois-ci, on voit venir. Le drame, c’est qu’on voit venir sans savoir comment faire pour éviter le choc.

Certains peuvent même se dire que, vu la situation de blocage dans laquelle se trouve la société Malienne (l’impuissance des politiques n’en est qu’une conséquence) le mieux est encore que tout pète, puisqu’il n’y a que comme cela que l’on arrive à faire bouger les choses au Mali. Les semaines qui viennent sont donc à haut risque social…

 

Séga DIARRAH

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