Sommet Afrique France : Cachez ces pauvres que je ne saurais voir

Tricycles, mendiants, commerces de détails et quartiers populaires n’existent plus au Mali depuis ce matin.

A l’occasion du sommet Afrique France de Bamako de Janvier 2017, des dispositions auraient été prises afin de cacher les marginaux de Bamako.

Cette question des « marginaux », de leur existence et de leur place dans la société n’est pourtant pas nouvelle. Dès qu’il y a une société, il y a une hiérarchie, avec ceux qui sont en haut, ceux sont en bas et ceux qui sont tellement en bas qu’ils sont à peine reconnus comme faisant partie de la société.

 

De tout temps il y a eu des personnes en marge, vivant d’expédients, non reconnus par la société et rejetés.

 

Ce qui a changé, en fait, c’est notre vision de ce phénomène.

Notre société modèrne n’accepte plus cet état de fait.

Nous vivons sur des aspirations et des mythes collectifs qui sont contrariés par l’existence de ces marginaux, parfaits contre-exemple de ce que la société moderne tente de promouvoir comme idéal.

Nous ne sommes plus dans un monde qui nous a été donné par des dieux.

Ce monde, il est tel que nous le faisons, nous sommes responsables de ce qui existe et nous ne pouvons plus évoquer la fatalité pour nous dédouaner.

Cela crée une tension que nous cherchons à résoudre, sans y parvenir.

 

Ces marginaux contrarient le mythe de la toute puissance de l’homme.

 

 Eh bien non ! Nombre de mendiants, de vendeurs ambulants, d’habitants de Sabalibougou, etc n’ont pas demandé à l’être, il y sont tombés et n’ont pas ou plus la force de s’en sortir, même avec de l’aide.

 

Certains luttent et pourtant, ils n’y arrivent pas.

 

L’homme a des limites, il n’est pas omnipotent et les marginaux du sommet Afrique France de Bamako sont un témoignage gênant de cette réalité.

 

Ces marginaux sont aussi la démonstration vivante que nous n’avons pas atteint la sécurité absolue.

 

Chacun sait, même si tous ne veulent pas se l’avouer, que personne n’est à l’abri d’une dégringolade. Combien d’exemples de cette lente déchéance :  un logement qu’il faut quitter, parfois la perte de l’emploi, les amis qui se dérobent. C’est tellement facile de tomber et tellement difficile d’en sortir une fois pris dans l’engrenage.

 

Le rêve est de pouvoir faire disparaitre cette pauvreté et cette marginalité, et on doit s’y employer ensemble.

 

Des efforts importants doivent être consentis.

Ils resteront insuffisants car le problème est immense et largement insoluble.

Mais à coté, on ne doit pas occulter et masquer, parce que cette vision, tout comme celle de la vieillesse, de la déchéance et de la mort est trop insupportable pour notre société.

Séga DIARRAH

diarrah.com